Récit de course: Ironman Zürich par Pascal

Zurich le 27 juillet 2014
Iron Man Switzerland

A chacun sont Everest je disais dans un post.

Celui ci était le mien il y a encore 1 an !

Le jour où je suis allé à Morat voir en spectateur un triathlon, l’eau était trop froide et les départs avaient été donnés dans la piscine toutes les 10 secondes. J’avais suivi toute la course complètement fasciné. Voilà un sport ou il ne suffit pas d’être bon sur une discipline. Au mieux vous pouvez l’être sur les 3 mais même si vous êtes moyen sur toutes, vous pouvez être mieux qu’un autre qui est bon sur une seule.

Le temps faisant, les courses s’enchaînent, les distances augmentent ; et même si les résultats sont toujours quelconques la satisfaction est toujours la même au moment de passer cette ligne d’arrivée !

La souffrance fait partie de l’épreuve, la gestion du temps, de l’effort investit, du carburant … et peut importe le rang ! Chaque ligne est une victoire et derrière chaque victoire, il y a une somme inchiffrable de moments de partages et de voyages intérieurs dans des décors privilégiés.

L’Iron était le sommet, et le sommet était dans la mire. Bien des acteurs l’ont gravi devant moi. Longtemps resté en bas, il devenait pressant de le gravir avant de commencer à vieillir.

Quand Chris et Greg m’ont relancés il y a 1 an, je le savais déjà.

Et voilà 7 mois maintenant que la préparation est commencée.

A revivre : Aux cotés des killers engagés, quand un tel objectif est dans la mire, ce n’est que du plaisir.

Vendredi : déplacement avec Frédo et trois heures d’auto dans une ambiance de communion. Dossard et briefing et petite trotte à pied histoire d’en rajouter un peu.

Samedi : DO puis dodo et check in histoire de sortir et de faire remonter l’adrénaline.

Dimanche : A 4h quand le réveil m’a sorti de ma torpeur. Il y avait trop peu de temps que la fatigue avait pris le dessus. Petit déj toujours aussi difficile à avaler, course ou pas (dommage!).

Déplacement à pied sur la zone dans une sérénité rassurante. Dans la zone, la queue aux toilettes n’en fini pas et c’est juste au bon timing que j’arrive à tout vérifier: le bike, les sacs et être prêt.

Quand je dis être prêt : c’est ajuster les bras dans la combi en marchant, c’est enfiler les lunettes dans l’herbe aux abords de la plage, c’est enfiler le bonnet les pieds dans le sable et c’est toucher l’eau au moment du canon de la première vague. Seul dans ma bulle, l’eau était douce et tiède. Idéale.

Barre à gauche pour ne pas toucher et ne pas être touché. Ce n’est pas encore le moment pour se confronter aux démons de la panique. Je passe toutes les bouées loin de tous et dans le canal avant d’aborder l’île, le démon m’oblige à respirer plus vite et plus fort mais je le maîtrise et me force à l’ignorer. Coup de langue sur les vitres et vite de nouveau dans la tiédeur de l’eau. Mon problème, c’est que ne n’ai pas les lentilles et comme toujours, je dois me fier aux autres pour la direction. Déjà que je louvoie comme un déchiré, si mes voisins sont aussi mal inspirés, les hectomètres s’accumulent inutilement. Pas grave ; j’ai décidé de prendre mon plaisir et à ce moment … je me régale. De nouveau dans le canal ; idem, un peu las de nager mais pas plus, un peu chahuté mais trop près du ponton pour céder à la panique.

Transition humide à sauter sur 1 pied puis sur l’autre. Ça se bouscule, dans le respect sans énervement ni manifestation tout le monde est concentré et réalise le pourcentage de la pente à gravir. La décision de mettre les chaussures dans le sac était la bonne, mais zut quand même ! Et c’est parti ! Je réalise maintenant que je n’ai pas visualisé le parcours calqué sur un autre : (tour du lac 3*60 km = St Gingolph, Genève, Lausanne) non ! Juste les conseils à François : pas la danseuse, la moyenne de François (30km/h), manger sans avoir faim, boire sans avoir soif. Là, j’ai pas su ! Le parcours est superbe. 30 km à 36km/h. Les paquets sont inévitables et tout le monde en profite au premier tour. Au deuxième, ça se corse pour ceux qui ont été généreux sur le premier tour et ceux qui le sont moins au premier, ne le sont carrément plus du tout sur le deuxième.

Du 30ème au 55ème que du bonheur. Faux plat montant et que des relances qui te donnent l’impression d’être un champion. La moyenne baisse à peine et rouler ainsi c’est comme une sortie TTL. Petit coup de cul, temporisation et re et re et re.

Du 52 au 64 ; ça pique un peu ; et le premier passage pique moins que le deuxième. Déjà t’es à peine émoussé, 2 t’es super entraîné, 3 t’es un dieu, 4 t’en reprends (même si d’autres non comptabilisés te reprennent aussi). Et la bascule arrive. Vue sur le lac, à droite toute direction Zurich et tous les supporters que tu sais là. « Yahoo ».

« Yahoo » mais c’est plus loin que tu rêvais. Effectivement des vas-y, des hop hop hop, des go go go et plein de trucs en allemand qui te font du bien. Arrivé à la hauteur du village, tu réalise que tu es au 80ème et qu’il y a encore un petit becquets là bas ! Il est à 5 et à 10. A 5 km de là et à 10%. Vaille que vaille on est pas à ça près ! Go vers l’aventure et au delà ! Bien c’en fait ! Collé à ma selle, le TTL tout sourire et bourré d’enthousiasme nous transmets une dose de motivation hors règlement. Pierre Emmanuel sur mon boyau juste à la bascule. Si il est parti dans la deuxième vague, il me prend 5 minutes. A cette seconde c’est important et dès qu’il vient à ma hauteur sur le plat en bas, ce n’est que joie d’être là ensemble ! Km 90 pile poil compteur et marquage, deuxième tour. Là ; c’est moins glorieux. Le petit vent qui faisait clapoter le lac à la deuxième boucle est face à nous sur ce nouveau tour et maintenant il y a moins de monde. Autour de moi, les jeunes passent comme des avions restent des vieux et des filles. Autant certaines sont plaisantes à accompagner, autant certains sont démoralisants à voir partir au loin.

Les muscles commencent à faire mal et je mets ça sur la position. Erreur : la faim et la soif sont des facteurs incisifs et insidieux. Elles m’entame et je ne m’en méfie pas. Le faux plat est tout aussi plaisant même si il est un peu moins rapide. Par contre les 52-64 étaient connus et encore plus longs que dans les souvenirs pourtant fraîchement imprimés. Bascule, retours à droite. Sur le parcours càp déjà beaucoup de monde et les regards des spectateurs sont tournés côté lac. Tout baigne, dans 30 minutes j’y serai aussi ! C’est dur ! On le savait ! On est là pour ça ! Ça va le faire! Sur les 226, 184 seront très bientôt dans la boite. Go Pascal. La tête n’a même pas encore besoin de prendre les choses en main. Déroule. Tranquille. Déroule. Le bilan intermédiaire est plutôt arc en ciel pastel et flouté : magnifique superbe.

Heartbreak hill : traduction : coup de cul de la mort qui tue qui te fait mourir ta race et que même pas une fois dans la saison de prépa tu as eu mal comme ça et que si tu poses pas le pied c’est que t’es pas tout seul ! Mais c’est plus vite dit Heartbreack Hill!

Retour à la case départ. Étonnement, courir à côté du vélo c’est cool. Merci Slicy. J’ai kiffé avec toi. Je te pose, tu m’attends, on fera la fête ensemble après !

Transition de mec en vacances. Je voulais tout bien ! Changer le maillot, les chaussettes, boire manger pipi … bref Nice au mois d’août !

Tu verras : trop bien de courir après 180km de bike qu’ils me disaient ! En plus c’était vraiment vrai. La petite montée derrière le parc, la petite boucle en face nikel.

Km 1.250 Stop Les crampes me tiraillent la cuisse. Ben ce fût court ! C’est à ce moment que je réalisais que ça allait être long ; très long. C’est à ce moment que la tête devait prendre les choses en main. Alors dans l’ordre des choses ; étirements, re crampes, re et re et marche et re jusqu’au ravito km 1.9 bouillon sel et biscuit apéro. J’aurais bien fait plus long mais ils parlaient mal le français et moi pas bien allemand Et pis y z’avaient pas de blanc et j’avais du taff encore.

En résumé ce fût un marathon ponctué de petits évènements salvateurs qui m’ont fais oublier l’épreuve que je vivais : Chris et sa concentration, le petit km passé avec Greg qui a ralentit pour moi, les chous chous toujours plus beaux , Eric aussi qui me dis être dans le dur alors qu’il saute comme une gazelle, Mathieu qui trouve les mots sur mon dernier tour. Pierre Emmanuel qui est dans ses derniers km me fait penser qu’à moi il en reste 13 et que je ne dois pas être plus souriant ; et au km 9 le comité d’accueil TTL. Ma tête est d’accord mais le corps refuse. Au troisième tour je marche de ravito en ravito sans pouvoir déclencher la course. Sur la Limat, je me convaincs que même si ça ne ressemble à rien, j’irai plus vite. Incroyable le nombre de coureur avec 4 chouchou comme moi qui lâchent. Se motiver en motivant les autres ça marche. Au demi tour nous étions une dizaine ensemble depuis 2/3 km à nous encourager parmi. Les derniers km tu vole y paraît. Ben moi pas, mais je ne peux pas expliquer pourquoi tout à coup tout va mieux. Pas super bien ; non … mais mieux.

Et la ligne !      ……………

C’était une nouvelle expérience. Un fait de vie, une tranche épaisse et pleine de sentiments partagés.

Merci !

De tout cœur à nos supporter présents sur la course qui ont bravé aussi la distance le temps et le temps.

Les supporter qui nous ont tracé toute la journée et qui ont ponctué le silence des autres qui nous suivaient aussi et qu’on ressentait aussi.

Merci de cette ambiance et de cette camaraderie partagée durant toute cette préparation et toute cette compétition.

Le TTL est à la hauteur de ces défis. Merci à tous !

Le rideau n’est pas encore complètement tombé

Matériel utilisé :

  • Combi Orca Prédator trouées et vieille comme mon fils
  • Slicy et sa selle que j’aime
  • Pied droit et pied gauche mes baskets aux 1000 kms chacunes
  • Ma montre garmin qui m’indiquait des fois 10 mnt au km
  • et mes sandwich salami qui m’ont fait kiffer la life le temps d’y penser et de les avaler
  • Svp une pensée à l’ongle de mon gros orteil gauche

(Clin d’œil à Greg et aux Iron kiler de cette année)

Et la ligne je disais !  … rdv au tri de Lausanne
rdv au half Iron de Barcelone mai 2015
rdv mercredi pour la nat
rdv où tu veux pour ton prochain défi

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