Récit de course: Ironman Zürich par Pierre-Emmanuel

Ce dimanche matin, réveil 4h comme les autres, les filles émergent dans la chambre je descends pour le petit déj, j’avale œufs, bacon, pain et fromage, faisant les réserves de sel sur les conseils de Greg.

4h29 Whats’App de Christian «  Tu es levé ? », une vrai famille le TTL !

5h15, j’arrive dans les premiers sur la zone de transition, le jour à peine levé ou règne le calme avant la tempête.

Tout est contrôlé et re-contrôlé, je suis prêt il n’y a aucun doute, le vélo de Christian pas loin du mien est toujours bâché.

Je cherche un peu autour de moi je ne vois pas mes potes, je profite de prendre une dernière fois les repères des sacs et du vélo.

Je retrouve Greg et Marcel en chemin pour la zone de départ, ouf je me sens moins seul et rassuré. Une dernière petite photo pour immortaliser le moment et c’est parti.

Greg et Pierre-Emmanuel avant le départOn retrouve Christian dans la foule au départ, tout calme et concentré, il faut prendre chaque discipline comme des épreuves individuelles et un mot d’ordre « se faire plaisir ».

Face au petit stress du départ je repense à ce que m’avait dit Eddie: “l’Ironman est une histoire de patience“, je me suis répété cette phrase toutes la course.

La nat est agressive jusqu’à la première bouée, c’est la guerre, j’ai failli en couler un, fallait bien que quelqu’un prenne le rôle de Fredo! Au virage je trouve le calme et je reste dans les bulles, je profite du paysage, les algues sont bien verte cette année!

C’est la guerre de nouveau à l’approche de l’île, mais la patience est d’or, je laisse passer et je me recale dans les bulles dans le deuxième round, ce qui me permet de sortir de l’eau en forme en 1h24, je suis dans le tir!

Je retrouve mon sac, mais qui a fait un nœud pareil? Je n’arrive pas à le défaire !!! Transition tranquille, heureux de retrouver mon fidèle destrier!

Et c’est partie pour 180 km de bonheur, mes pensées s’évadent dans les premières sensations de vitesse sur le vélo, quand la réalité me rattrape brusquement: quelqu’un chute devant mes roues, le type hurle de douleur, je ne sais pas si je dois m’arrêter et l’aider, je crie vers ceux qui hésitent à se lancer sur la route pour le secourir, et je repars.

Il ne faut surtout pas se déconcentrer, tout peut arriver, rien n’est jamais acquît avant la fin de la course dixit Mr le Président !

Couché sur les prolongateurs c’est le pied, j’en dépasse des machines de guerre avec mon tracteur ! Boris m’avait dit « Ne t’arrête jamais de pédaler », et bien je vous promets messieurs les coachs,  je ne me suis JAMAIS arrêter de pédaler, ceux que j’ai dépassé en montée ne m’ont jamais rattrapé après les descentes, merci Boris!

Et finalement j’attends des montées qui ne viennent jamais, je bois tous les quart d’heure et prend un gel toutes les 45 minutes, pas d’excès, pas de pic d’intensité, PATIENCE comme disait l’autre. Je croise Magali et mes filles avec Jérôme et sa copine de retour à Zurich, ça fait du bien de voir les siens !

Mais où est la fameuse Heartbreak Hill ??? C’est là,  où je vois François. Je l’attendais bien sûr, je savais qu’il était là, quel bonheur de le voir.

Un peu plus loin au ravitaillement, je vois Pascal ! Quelle surprise, mon pote est là, après 4h30 de course, comme si je l’avais rêvé ! Je prends une gourde, puis je hurle « Pascal » avant même de boire une gorgée, au même moment je perds une visse de mon porte gourde sur le prolongateur, la gourde pleine tape le cadre et passe entre mes roues, un écart et un gros moment de frayeur suivi d’un grand moment de solitude, que vais- je boire pendant les 40 kms avant le prochain ravitaillement ??? L’enthousiasme soudain s’évapore, je suis à sec, les ennuis commencent !!!

Finalement je laisse Pascal, je me reconcentre, me couche sur le prolongateur, et heureusement un ravitaillement avec de l’eau après 10km, tout rentre dans l’ordre.

Les 30 km de plat le long du lac seul face au vent sont un peu long, j’appuie un peu sur la pédale pour ne pas trop faire descendre la moyenne.

Je sens des gens dans ma roue, ça m’agace un peu mais je repense au gag de Greg de la veille. La deuxième boucle est magnifique, un peu plus de soleil, je profite du paysage, de l’ambiance, c’est incroyable. Je fini en moins de 6h,  et j’ai encore des jambes, cette fois les objectifs sont remplis.

Maintenant il faut descendre du vélo, c’est l’heure du dessert. Les premiers pas à côté du vélo sont rudes, j’ai mal à ma hanche mais c’était prévu, je prends un antidouleur, je me change tranquillement, chaussettes neuves: que du bonheur. Et c’est parti.

Je me tiens au 10 km/h prévu, aucune peine a tenir cette vitesse, mais faudra tenir les 42 kms !

Tout le monde est la sur le parcours, Eric est d’une incroyable fraîcheur, Christian  m’encourage à plusieurs reprises, et Greg n’a par l’air si loin finalement, je ne verrais pas Pascal avant la  fin de mon 3ème tour.

Les supporters me transportent au deuxième tour, Jérôme, Eddie,  Magali et les filles, François, Charlotte, Louise, et tous ceux qui essaient de prononcer mon prénom, c’est génial.

Le troisième tour s’annonce difficile, la fatigue s’installe, j’ai mal aux cuisses et ma hanche me tiraille, les boissons isotoniques m’achèvent, j’ai des crampes au ventre et des nausées de plus en plus importantes.

Je décroche à l’arrache le 3ème chouchou, je ne m’arrête pas de courir, l’objectif des 12 heures est encore atteignable.

Pierre-Emmanuel sur le marathonFrançois coure à côté de moi avec Léa dans ses bras, petit moment de fraîcheur avant le dernier obstacle a franchir, faut aller chercher le dernier chouchou, faut pas s’arrêter!

Fallait bien que l’Ironman reprenne ses droits, ça ne peut pas être qu’une partie de plaisirs d’un bout a l’autre !

Mais cette fois c’est là, la dernière ligne droite, belle fraîche et juteuse comme une pêche bien mure! …que c’est bon de la voir, que c’est bon de voir les potes, que c’est bon de s’arrêter enfin, ça y est c’est fait, on l’a fait !

Merci les amis, merci à ma petite famille qui m’a permis de la faire et merci le TTL.

Pierre-Emmanuel